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La Région économise de l’argent dans la politique logement qui est pourtant importante pour le citoyen  quote
Mathieu MICHEL

Au fond de la question

Lettre ouverte de Dimitri Legasse, bourgmestre de Rebecq

29/11/2010 - politique/finances - Rebecq

Lettre ouverte d’un bourgmestre révolté

Rebecq, c’est ma commune, Quenast le village qui m’a vu grandir, et vous, vous en avez peut-être entendu parler pour la première fois peut-être cette nuit du 13 novembre où la Senne est sortie de son lit, noyant tout sous son passage.

Deux semaines après plus grande catastrophe naturelle que notre région ait connu depuis cent ans, l’heure est au bilan. Un bilan révoltant.

1100 maisons sinistrées, 2800 habitants touchés, 2800 personnes qui découvrent un drôle de parcours du combattant, entre experts, contre-experts, hypothétique fond des calamités…

Pour certains, tout ira bien. Leurs compagnies d’assurance seront professionnelles, humaines et efficaces. Ils recevront des avances, leur séjour à l’hôtel pendant les opérations de nettoyage ou de déshumidification de leur maison sera pris en charge, les travaux de rénovation seront entamés rapidement, les meubles remplacés. Ils n’auront perdu que leurs souvenirs, irremplaçables ceux-là, les photos, les lettres, les dessins...

Mais pour d’autres, tant d’autres, le chemin sera long. Parce que toutes les assurances n’ont pas la même humanité. Parce que tout le monde n’était pas suffisamment assuré.

Une erreur, me direz-vous. « C’est leur faute, à ces gens, ils n’avaient qu’à s’assurer ». Mais savez-vous qu’en Belgique l’assurance incendie n’est pas obligatoire pour un propriétaire ? Savez-vous qu’un Belge sur dix n’en possède pas ? Et combien sont-ils, ceux qui croyaient de bonne foi avoir fait le nécessaire, être couverts depuis la nouvelle loi obligeant les assurances incendie à prendre en charge également les catastrophes naturelles, mais qui ne savaient pas que seuls leurs murs étaient effectivement couverts, pas le contenu s’ils n’avaient pas souscrit une extension spécifique? Combien ont acheté des assurances « miracle » sur internet, se croyant prémunis ? J’en croise chaque jour dans mon village ravagé par les eaux, je lis dans leurs yeux l’épuisement, l’incompréhension, je regarde les contrats d’assurance qu’ils me tendent, je les lis, je leur explique et je vois qu’ils ne savaient pas, qu’ils ont signé de bonne foi sans se pencher sur tous les petits caractères. Non, chacun n’est pas égal devant ce type de démarches…

Aujourd’hui, deux semaines après la catastrophe, certains sinistrés n’ont toujours pas pu commencer les opérations de nettoyage de leur habitation, attendant patiemment le passage d’un expert ! Ils vivent les pieds dans la boue et le cœur en détresse. D’autres ont obtenu l’autorisation de nettoyer mais ne peuvent rien jeter, entassant dans l’une ou l’autre pièce leurs meubles désossés, leurs électro-ménagers hors service, leurs vêtements détrempés. L’humidité est partout, les hydro-carbures déversés dans les caves lorsque les citernes ont lâché prise, empestent l’atmosphère. Le chaos est total. Les personnes plus âgées, plus seules, plus démunies, errent dans le village, hagardes, ne sachant par où commencer les démarches, parlant à la Senne, leur rivière qu’ils adorent et maudissent à la fois.

Le fond des calamités aidera les agriculteurs ou les entreprises, peut-être, ce sera fonction des dossiers (à constituer en double exemplaire avec huit types différents de formulaires, sans oublier de joindre des annexes comme un contrat de mariage, une composition de ménage, un extrait du cadastre…). Mais pour les particuliers, rien. Rien d ‘autre que vos assurances, si toutefois vous en possédiez une.

J’en croise aussi, des veinards, des gens qui ont fait ce qu’il fallait, qui ont l’assurance et l’extension ad hoc. Ceux-là pleurent aussi, vous savez. Ils avaient une chaudière, vieille de vingt ans peut-être, mais qui fonctionnait bien et aurait pu chauffer leur petite famille pendant de longues années encore. Aujourd’hui, la chaudière est fichue mais l’assurance ne la remboursera qu’avec sa vétusté, c’est-à-dire au tiers du prix d’une nouvelle, avec de la chance…

Je marche dans mon village, j’écoute, c’est tout ce que je peux faire. Et crier mon envie de changer les choses, de construire un monde plus juste où chacun serait égal devant une catastrophe de cette ampleur.

Bien sûr, un énorme travail est à mener par tous les états du monde quant au réchauffement climatique, aux raisons scientifiques des catastrophes naturelles. Chaque responsable politique doit tenter d’agir à son niveau pour améliorer les choses. J’ai d’ailleurs initié une réunion de toutes les communes unies au sein du Contrat Rivière Senne afin de réfléchir ensemble à  des solutions. Mais, avant ces questionnements à long terme, il y a aujourd’hui une véritable urgence sociale, une misère à nos portes alors que l’hiver s’avance, glacial.

Ne pourrait-on pas initier une assurance mutualisée, organisée par l’état pour tous les habitants, afin de les aider en cas de catastrophe naturelle ? Notre système de sécurité sociale est un des meilleurs au monde. La solidarité qui symbolise la Belgique ne pourrait-elle pas être étendue dans ces circonstances exceptionnelles que sont les calamités naturelles, ces coups du sort qui peuvent toucher chacun d’entre nous, à chaque endroit du pays ? L’Etat ne pourrait-il pas relever ce magnifique défi comme il a jadis relevé celui de l’assurance-maladie, en mutualisant les coûts et en protégeant chaque citoyen ? J’ose croire que c’est possible. Ensemble.