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Pierre HUART

Au fond de la question

La berce du Caucase, dangereuse invasive

06/07/2010 - environnement/énergie/déchets - Wavre

Avec le retour des vacances, vient le moment de se dégourdir les jambes par des randonnées en pleine nature. Bien qu’attrayante et apaisante à la fois, la végétation nous réserve parfois quelques mauvaises surprises. Certaines plantes comme la berce du Caucase, peuvent se révéler très dangereuses pour la santé humaine et les animaux domestiques. La berce du Caucase, aussi appelée berce géante (de part la taille et la dimension de ses feuilles) ou berce de Mantegazzi (Heracleum mantegazzianum), est une plante herbacée de la famille des Apiaceae. Cette plante a été introduite en Europe centrale au XIXe siècle dans les jardins botaniques en raison de ses qualités ornementales et s'est naturalisée dans toute l'Europe, notamment le long des cours d'eau et des axes routiers. Elle fait donc partie des organismes vivants considérés comme invasifs de notre écosystème et nuisibles par sa prolifération incontrôlée envers notre biodiversité floristique.

Elle peut atteindre 4 à 5 mètres de hauteur. Les tiges ont normalement un diamètre de 5 à 10 cm à la base et sont couvertes de taches pourpres ou sont uniformément pourpres. Ses feuilles à maturité sont divisées de différentes manières, soit en trois lobes de taille comparable, parfois à leur tour divisés de manière semblable (feuilles ternatiséquées), soit divisées en plus de trois lobes rangés de part et d’autre de la nervure principale (feuilles pennées). Les feuilles peuvent atteindre 3 mètres de longueur.  Le végétal est surmonté de fleurs blanches en ombelle atteignant parfois 80 cm de diamètre. Chacune de la multitude de fleurs est hermaphrodite et s’autoféconde grâce au vent et aux insectes. Ce qui à pour fâcheuse conséquence qu’une plante isolée peut produire de 20.000 à 100.000 graines et donc que son potentiel reproducteur est très élevé. Cela signifie que même une plante seule, résultant d’un évènement de dispersion à longue distance, est capable de fonder une importante population s’établissant sur une superficie allant de quelques m² à plusieurs hectares. Sa grande taille et la considérable surface occupée par ses feuilles, lui permet de dominer la plupart des espèces indigènes et est ainsi un fort compétiteur pour la lumière. Dans les groupements dominants, jusqu’à 80% de la lumière incidente est absorbée, de telle sorte que les autres espèces nécessitant de la luminosité seront éliminées. Dans certaines conditions, la perte de diversité spécifique peut aussi être causée par des espèces indigènes (par ex. l’ortie, Urtica dioica). La berce géante n’est pas à être considérée comme la seule menace, mais plutôt comme un élément d’un processus affectant les habitats et paysages, conduisant à une réduction de la richesse spécifique locale.

En plus de problèmes écologiques, cette plante produit des toxines photosensibles appelées furanocoumarines (photosensible signifie qu'elle s’active si on l'expose à la lumière solaire). Ces toxines contenues dans la sève du végétal provoquent des inflammations et des brûlures de la peau. C’est lors d’un contact physique cutané totalement indolore que les toxines intègrent l’organisme. Si l'on n'expose pas à la lumière la zone infectée pendant plusieurs jours, la réaction ne se déclenche pas. La sève est incolore et inodore, et les œdèmes provoqués peuvent atteindre la taille d'une pomme de terre. La réaction peut être activée par les rayons ultraviolets dans les 15 minutes suivant le contact, avec un pic de sensibilité entre 30 minutes et 2 heures. De plus, il a été rapporté que plusieurs furanocoumarines étaient cancérogènes et tératogènes (peuvent provoquer des malformations chez un embryon en développement). Environ une semaine, plus tard, un brunissement anormal de la peau se produit sur les surfaces affectées et peut perdurer pendant plusieurs mois. La peau affectée peu rester sensible à la lumière ultraviolette pendant des années. L’humidité, par ex. la transpiration, la rosée, ainsi que la chaleur peuvent renforcer la réaction. Cette dernière dépend aussi de la sensibilité individuelle.

En cas d’exposition à la sève de la plante, il faut rapidement soigneusement laver la peau au savon et soustraire la partie affectée à la lumière solaire pendant au moins 48 heures. Pendant les mois qui suivent, une crème solaire à indice de protection élevé devrait être utilisée pour les parties atteintes. Si de la sève pénètre dans les yeux, il faut urgemment les rincer à grande eau et les opacifier totalement avec un bandeau ou des lunettes solaires. N’hésitez pas à faire appel au médecin, en particulier lors de contacts intensifs.

Pour tous, pour nos animaux familiers et plus sévèrement pour nos enfants et pour les femmes enceintes, il est primordial de proscrire tous contacts corporels avec ce végétal et d’enrayer toutes constitutions de colonies sur le territoire. Voilà déjà trois ans qu’à Orp-Jauche, chaque individu recensé est systématiquement éliminé par arrachage manuel au moyen de gants, de survêtements épais et de lunettes protectrices pour éviter la projection de gouttelettes de sève. Que ce soit sur les sites communaux ou privés. L’usage d’herbicide est totalement inefficace vu les résistances que la plante a développé. Il s’avère que l’utilisation d’une tondeuse ou d’une débrousailleuse constitue également un facteur de jets de la sève toxique. Afin d’éviter de détruire les espèces indigènes qui peuvent ressembler aux berces géantes invasives, il est important d’être capable de les distinguer. Mêmes des personnes expérimentées peuvent avoir des doutes au début de l’année, lorsque les plantes sont à l’état végétatif et que les feuilles n’ont pas atteint leur taille maximale. Il ne faut surtout pas la confondre avec notre très commune grande berce (Heracleum sphondylium) typique de nos régions. Cette dernière est plus petite (60-200 cm). Ses feuilles sont larges, divisées de manières asymétriques et très poilues, ne dépassant généralement pas une longueur de 60 cm.
Le fauchage des bords de route, combiné au ramassage impératif des résidus de fauche, constitue une excellente mesure d’éradication et de prévention contre la berce du Caucase qui se développe préférentiellement sur des sols nus. En effet, les graines sont ainsi éliminées et la végétation ne fermentant pas sur place, ne dégrade pas le couvert végétal sous-jacent et ne met pas la terre à nu. Le fait d’augmenter la hauteur de fauche à au moins 10 cm, minimise encore les facteurs favorables à l’établissement de cette plante invasive et dangereuse pour la santé humaine.

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